La loi d’orientation de 1989, qui n’a
jamais reçu, pour son application, les moyens à la mesure
de ses ambitions, reste un outil formidable pour conjuguer lutte contre
l’échec scolaire, contre la violence et prise en compte des
enfants surdoués ( ou plus doués).
Prenons un exemple à Montauban
(Tarn et Garonne)
L’école du quartier
difficile des Chaumes, classée en ZEP puis en REP
accueille
une majorité d’enfants étrangers, d’ethnies très
différentes de la cité voisine. Elle était
à mon arrivée sur le poste de psychologue en 1998
l’école dont aucun enseignant ne voulait car trop difficile tant
elle avait la réputation, justifiée à
l’époque, d’école où se reportaient tous les
problèmes et toute la violence de la cité.
La loi d’orientation de 1989 place l’enfant au
centre du système éducatif qui doit s’adapter à
ses
besoins, à ses compétences. C’est l’instauration
des
cycles (de trois ans) qui peuvent être prolongés ou
raccourcis d’un an une fois dans la scolarité primaire . Cette
même loi propose la mise en place de cohortes
d’élèves en groupes de niveau avec des objectifs de
progrès pour chaque groupe.
Mais que s’est il passé dans
cette école?
Sous l’impulsion de la directrice du
groupe scolaire, après une évaluation des niveaux de
chaque élève les classes traditionnelles du CP au CM2
(homogènes en âge, très
hétérogènes en niveaux) ont été
remplacées par une nouvelles structure de classe baptisée
“ groupes ” (de 1 à 6)
hétérogènes
en âge mais homogènes au point de vue niveau. Le
groupe de référence pour chaque élève
reste celui fonctionnant sur les disciplines en liaison avec
l’acquisition de la langue, mais tel ou tel élève peut,
si
nécessaire, être dans un autre groupe pour les
activités logiques et mathématiques. Un postulat
essentiel, qui peut faire révolution, a été
posé : La réévaluation à la fin de chaque
période (petites vacances scolaires) de la composition des
groupes et la possibilité pour des enfants de changer de groupe.
Pourquoi ça marche?
La mise en application de la loi de 1989
a eu pour effet, avec la conservation des classes traditionnelles
de multiplier dans chaque classe, ou bien sûr l’enfant est pour
l’année scolaire, le nombre de niveaux. Elle complique la
tâche de l’enseignant qui dispose de moins de temps en relation
directe avec chaque niveau. Certes certains pédagogues nous
dirons que cela favorise l’autonomie, mais où peut être
l’autonomie d’un enfant qui n’a pas acquis les outils
nécessaires
et suffisants pour ça (la lecture en
particulier) !
L’organisation de l’école des
Chaumes telle que décrite précédemment viens
réduire le nombre de niveaux dans chaque groupe. La
conséquence en est plus de disponibilité de
l’enseignant pour chaque niveau en particulier dans les petits niveaux
dont on sait qu’ils sont à faible autonomie favorisant ainsi
plus
de remédiation et de progrès.
Le postulat énoncé
plus haut de possibilité de changements de groupe en cours
d’année, essentiel dans l’expérience, a un grand effet de
moteur pour les élèves. Il agit en motivation pour les
élèves qui donnent un sens à leurs progrès.
Depuis 5 ans que dure ce
fonctionnement pédagogique dans cette école les
résultats sont surprenants. Nombre d’élèves
prennent “ un an d’avance” ou plus pour quelques uns. S’ils ne
partent pas forcément au collège avec cette avance ils
constituent des CM2 d’excellence.
Certes il reste toujours des
élèves en grandes difficultés, mais moins
malgré le niveau socio économique et culturel des
populations accueillies (la baisse statistique du nombre d’orientation
en SEGPA le montre.)
Et surtout nous avons dans cette
école des enfants devenus motivés pour l’étude
à qui l’école propose des “ promotions ” pour
encourager leurs progrès.
Et la baisse de la violence à
l’école, pourquoi ?
Nous savons tous que la violence
dans les cités est très souvent le fruit de la
désespérance de ses habitants, qu’elle est un moyen de
valorisation pour certains jeunes là où les structures
économiques sociales ou éducatives n’offrent aucun
débouché.
Même si le contexte de la
cité n’a pas radicalement changé, à l’école
cet enfant de la cité est pris en compte dans ses
difficultés, accompagné dans ses efforts, reconnu dans
ses
progrès. Il n’a plus de raison de développer de la
violence pour assurer à tout prix sa reconnaissance
auprès
des éducateurs.
Et il ne reste dans cet
établissement pas plus de violence que la violence ordinaire que
l’on trouve dans les autres écoles, (celles des quartiers plus
bourgeois).
Il y existe peut être moins
d’incivilités qu’ailleurs.
Les conditions de la réussite
de l’ expérience :
Vous l’aurez compris, une
telle expérience ne peut réussir pleinement que par la
volonté d’une équipe qui croit dans sa réussite.
Si une telle organisation
facilite la tâche de l’enseignant qui a moins de groupes de
niveaux dans sa classe et qui peut être plus disponible aux
difficultés des plus faibles, quelques conditions minimales sont
requises :
- Groupes de niveau pas trop chargés en effectifs permettant les
passages d’enfants d’un groupe à l’autre.
- Harmonisation des progressions envisagées dans chaque groupe
et concertations accrues dépassant souvent le volume
horaire prévu par la loi de 1989.
- Présence dans l’écoles d’aides éducateurs
favorisant la diversification des activités pédagogiques.
A l’heure d’une révision
programmée de la loi de 1989 voulue par le gouvernement il
faudra
sans doute s’interroger sur le manque de moyens qui a
altéré le fonctionnement de cette loi novatrice et faire
une étude critique de son fonctionnement pour l‘améliorer.
Mais
est ce la volonté du gouvernement actuel?